_JARDIN BO KAY
 
 
_CONTACT - COPYRIGHT ADAGP
 
 
_~
 
  _Du créole qui signifie "Le jardin autour de la maison".  
  _Celui qui guérit, nourrit, orne et protège.  
  _-  
  _From Creole meaning the garden around the house.  
  _The one that nourishes, heals, beautifies and protects.  
     
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  février - 21 - february 2026  
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  Nikola Tesla  
     
  Bien que libres de penser et d'agir, nous sommes tenus ensemble,
comme les étoiles dans le firmament, avec des liens inséparables.
Ces liens ne peuvent être vus, mais nous pouvons les sentir.
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Though free to think and act, we are held together, like the stars
in the firmament, with ties inseparable. These ties cannot be seen,
but we can feel them.
 
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
   
     
  janvier - 23 - january 2026  
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  CONSTELLATIONS  
  Chrixcel  
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  Lorsque nous parlons de constellations d’ordre céleste, nous faisons référence aux 88
regroupements d’étoiles créés par les astronomes dès l’Antiquité qui demeurent de nos jours
des repères pour zoner et cartographier la toile cosmique. Souvent nommées d’après leur
ressemblance avec une forme connue (animal, objet, etc.), elles sont représentées par des
points reliés entre eux par des segments imaginaires. Reposant sur une nomenclature
lumineuse terrestre, elles se rapprochent des paréidolies dans le sens où elles se réfèrent au
répertoire mental de formes commun et familier à toute l’humanité pour créer des images.
Les nuées de signes et symboles qui ont parcouru nos ères ne sont rien moins que des
supports pour transmettre des messages.
Philippe constelle un large éventail de surfaces, textures et matières de façon aléatoire
en dessinant par tous moyens des fragments animés qui n’ont ni début ni fin.
Evoquant le monde végétal, ces parcelles s’apparentent aux rhizomes, inflorescences ou
racines, et leur prolifération est exponentielle. Il est possible d’aborder ces Constellations
comme une visualisation de la conscience universelle, mais ce n’est pas l’unique clé d’entrée.
Au-delà du sens physique, on peut leur attribuer un sens psychique. Les trames stellaires,
à l’instar de nos réseaux neuronaux, peuvent symboliser des connexions familiales entre
les espèces vivantes au sens large (familles de sang ou de coeur) qui sont fonction des affinités
qui se tissent entre elles.
Au travers de ses Constellations, Philippe pratique le dessin génératif en usant d’une gestuelle
itérative, mais foncièrement primitive. La fulgurance du tracé direct s’appuie sur différents
types de remplissage de l’espace et agit comme un substrat à partir duquel tout peut
prendre forme.
 
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
   
     
  octobre - 20 - october 2025  
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  AMANDE COSMIQUE  
  Chrixcel  
     
  FORME, ORIGINE ET CHRONOLOGIE  
  Depuis l’invention de l’écriture le langage humain n’a cessé de se développer,  
  passant des signes aux lettres pour constituer des alphabets.  
  A partir de là se sont formés les éléments porteurs de sens permettant de décrire  
  le monde et d’exprimer des pensées.  
  Dans cet ordre d’idée, Philippe Baudelocque utilise la forme de l'amande.  
  Il en agence souvent plusieurs pour former un losange.  
  Cette figure syncrétique se trouve absolument partout à chaque ère terrestre  
  jusque dans la nature, et à date nous pouvons le faire remonter à l’Homo Sapiens.  
  Les glyphes, dont certains possèdent des caractéristiques semi figuratives ou  
  géométriques, préexistent à l’alphabet latin.  
  Citons par exemple la découverte de fragments de pierre vieux de 73 000 ans  
  qui ont été découverts dans la grotte de Bomblos en Afrique du Sud, sur lesquels  
  on peut déceler des croisillons de losanges tracés à l'ocre. Parmi les « graffitis »  
  rupestres relevés sur divers sites préhistoriques, d’autres dessins gravés tels  
  que des ruches, échiquiers, réseaux et toiles d’araignée, cônes et spirales,  
  apparaissent de façon récurrente aux quatre coins de la planète.  
     
  On trouve dans l’histoire des peuples d’autres occurrences du losange primitif,  
  notamment dans l’alphabet scandinave remontant à la fin de l’ère Viking :  
  la rune appelée Ingwaz.  
  Bien avant cela, chez les Incas et les Mayas, l’étoile de Lamat, présente sur des  
  amulettes et le calendrier lunaire, procède du même losange flanqué de chaque  
  côté de quatre petits points ou cercles.  
  Utilisé dans de nombreux visuels contemporains, le losange est considéré  
  comme un quadrilatère dynamique. Si le carré, qui est un losange régulier,  
  est statique dans la mesure où il repose sur sa base, sa perception est modifiée  
  lorsqu’il fait des pointes à l’instar d’une danseuse étoile de ballet.  
  Par analogie avec son aspect proche de la toupie, il suggère le mouvement et  
  métaphorise la recherche d’équilibre, les ellipses (cf. ADN, fractales) et la  
  rotation des astres.  
  L’un des chantres de l’art cinétique, Victor Vasarely, ne s’y est pas trompé  
  puisqu’il s’est emparé du polygone pour créer le logotype de la marque  
  française automobile Renault. Selon ce dernier, le losange illustre le passage  
  de la 2D à la 4D, permettant de conduire à « la conquête de dimensions  
  supérieures au plan » (op.cit. Le Manifeste jaune, 1955).  
     
  En géométrie, il peut adopter une forme visuelle plus souple qui se traduit  
  par des courbes, constituant la surface comprise entre quatre cercles  
  isométriques tangents - il est d’ailleurs capable de contenir à son tour  
  un cercle. Ainsi, cette figure représente une parfaite mise en abîme  
  de l’éternel recommencement.  
   
  DE LA FORME A L'ARCHETYPE  
  Ce pictogramme ne s’est donc pas transmis de façon fortuite au fil du temps :  
  il invoque des valeurs et significations similaires, convergeant vers une  
  unique pulsion : celle de la vie avec tout ce qu’elle implique.  
  Mort et renaissance, amour, harmonie, abondance, cycles, transformation,  
  progression, direction...  
  Rose des vents ou boussole, c’est l’étoile de Lamat des Incas et des Mayas reliée  
  à la planète Vénus, déesse de l’amour chez les Grecs de l’Antiquité,  
  personnification du principe féminin dans de nombreuses cultures ayant forgé  
  l’imaginaire collectif au cours des siècles. C’est aussi la rune Ingwaz,  
  qui symbolise la fécondité et la plénitude, sa forme évoquant l'oeuf, la graine  
  ou le cône.  
  La langue métaphorique parle avec pudeur du « triangle ou mont de Vénus »  
  pour ne pas nommer le terme latin VulVa – les deux V du mot formant  
  d’ailleurs, lorsqu’ils sont commutés bord à bord, une double pyramide  
  (une en bas, une en haut).  
  Reliés pointe à pointe, les deux V dessinent la lettre X, comme en rappel du  
  chromosome féminin qui se distingue du masculin par la duplication de  
  sa lettre. Le losange est par conséquent un archétype vital, précieux et solide,  
  ce que souligne sa traduction anglaise diamond - diamant. Il est le Tout et  
  son contraire, embrassant deux aspects opposés mais néanmoins inséparables  
  d’une même réalité.  
     
  A l’aune de ce qui précède, le parcours artistique de Philippe Baudelocque  
  suit une logique évolutive.  
  Ce dernier part du graffiti – assimilable dans sa pratique à l’art pariétal  
  des premiers humains - pour écrire un ou plusieurs nom(s) ou mot(s), puis  
  par la suite illustrer le vivant à sa manière en utilisant un glossaire graphique  
  de formes plus ou moins figuratives. En prenant le parti de mettre en évidence  
  sa propre amande, l’artiste s’inscrit dans la continuité d’une trame commencée  
  il y a déjà plusieurs milliers d’années.  
  Ce fragment d’étoile simple est le point de départ d’un tissage aussi bien réel  
  que virtuel qui traverse l’espace-temps, tout en se complexifiant à force  
  de se connecter à d’autres motifs semblables ou différents.  
  Issu de la nature, il suit scrupuleusement ses lois.  
  Son processus de création et de propagation est de ce fait exponentiel et infini.  
  Ainsi, sa multiplication structure les modèles ornementaux que nous  
  retrouvons dans les produits usuels (bijoux et vêtements, bibelots, objets d’art,  
  travaux filaires, édifices architecturaux, etc.). Il s’invite dans les objets les  
  plus banals, du cerf-volant à la simple vis à tête cruciforme.  
  Sa fréquence occupe la matière avec une telle intensité et une telle  
  omniprésence que paradoxalement, les humains finissent par ne plus le  
  remarquer, tout absorbés qu'ils sont par de multiples diversions principalement  
  technologiques et psychologiques. Le monde est semblable à un gigantesque  
  palimpseste saturé d’écritures, d’ondes et d’informations qui brouillent la  
  vision et étouffent l’esprit et le corps. En l'isolant par unités ou groupuscules,  
   
  Philippe Baudelocque rend l'Amande archétypale visible, agissant comme une  
  torche dans l’obscurité afin de mettre en lumière sa source originelle et  
  sa résonnance vibratoire.  
  L'Amande cosmique s’appréhende comme un signal idéogrammatique générant  
  un souffle d’air, une brèche à travers une cage thoracique étriquée.  
  C’est un portail activateur de mémoire qui permet la transcendance et  
  l’expansion de l’unité vers le Tout, c’est-à-dire l’harmonie cosmique.  
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
  Sept. 2023  
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  JARDIN BO KAY  
     
  La globalité de l’oeuvre de Philippe Baudelocque s’inspire totalement  
  du vivant en réinterprétant les divers symboles archétypaux, avec  
  la création concomitante d’un lieu où le binôme humain<>nature  
  se synchronise avec Gaïa.  
  Le jardin Bo Kay, qui équivaut en quelque sorte à un laboratoire,  
  signifie en créole le « jardin autour de la maison » désignant la terre  
  vivrière et médicinale autour des cases, inspirée de la tradition des  
  Ichalis des Kalinagos amérindiens.  
  Il guérit, nourrit, orne et protège en contenant intrinsèquement tout  
  ce dont les êtres vivants ont besoin pour se développer et se régénérer.  
     
  Chrixcel  
     
   
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
  2018  
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  FIL CONDUCTEUR  
     
  Ce fil est la matérialisation d'une onde.  
  Toute ligne inscrite dans la matière en est la cristallisation.  
  Ce qui est fugace, évanescent, muable devient alors durable.  
  Les ondes d'énergie donnent des formes qui perdurent avant  
  de se dissoudre.  
  Le fil est symbole du destin humain.  
  Toutes les formes sont tissages.  
  Enregistrement d'une onde et de l'interférence de deux ondes.  
  Une longueur d'onde caractérise chaque vibration, chaque radiation,  
  chaque rayonnement et des particules de plus en plus subtiles et  
  rares sont découvertes par les scientifiques qui cherchent  
  continuellement à unifier ce qui à priori semble différent.  
  On utilise les mêmes formes mathématiques pour décrire une onde  
  lumineuse, une corde vibrante de guitare, une onde sonore ou une  
  onde aquatique.  
  La substance primordiale est ainsi représentée en Australie par  
  le Serpent-Premier comme c'est le cas dans de nombreuses autres  
  traditions.  
  De nombreuses histoires tribales citent le Serpent-Arc-en-Ciel ;  
  il représente la trame de l'énergie ou conscience qui, au départ,  
  est paix absolue, puis se transforme en vibration et devient son,  
  couleur et forme.  
     
  L'onde fut représentée de tout temps et en tout lieu par des vagues,  
  comme celles gravées dans les temps anciens sur les cairns ou sur  
  les tumulus, les menhirs celtes ou éthiopiens, les Moai pascuans...  
  Les humains depuis toujours, gravent ou dessinent une forme et  
  utilisent la ligne en tant que trace d'un mouvement.  
     
  Une voie ancestrale nous relie par une chaîne ininterrompue aux  
  premiers humains du règne de la création et, à travers eux,  
  aux règnes qui l'ont précédé.  
  Accroché au fil de la vie, la personne est raccordée à l'Energie  
  présente dans l'Univers et à toutes les créatures, en passant  
  par tous ceux qui l'ont précédée et en se projetant dans tous ceux  
  qui viendront, en accord avec la nature environnante.  
     
  Pour les Indiens péruviens comme pour tous les hommes primitifs :  
  Les plantes, les animaux et même les pierres sont des êtres vivants.  
  Ils forment la chaîne continue de la vie.  
  Le Tout unique est tissé de tous les vivants et de tous les morts.  
     
  Fil à fil se dit et se transmet chaque étape de la vie : puberté,  
  mariage, enfantement ou décès.  
  Le dessin, l'art du trait, peut-être l'une des plus anciennes  
  formes de l'art, a suscité très vite la réflexion et l'interrogation  
  sur ce qu'est la condition humaine.  
  L'Ars lineandi, l'art de tracer une ligne, de la dessiner ou de la  
  graver, qu'il soit lombard, irlandais, celtique, arabe, oriental,  
  préhistorique, médiéval ou contemporain, met en forme dans  
  la matière, les élans de l'âme.  
     
  L'un des exemples de représentation graphique de ce fil les plus  
  extraordinaires est le ruban d'A.D.N. qui évolue en milieu liquide.  
  Il se croise, se décroise, se noue sous l'action des enzymes.  
  L'A.D.N. est un cristal apériodique qui reste constant depuis  
  sa création. Seul l'ordre des quatre lettres qui le codent change  
  d'une espèce vivante à une autre.  
  Il serait apparu il y a environ 3,5 milliards d'années et il s'est  
  multiplié en un nombre incalculable d'espèces différentes, tout en  
  restant rigoureusement le même.  
  Ainsi, la molécule d'A.D.N. est une longue chaîne unique constituée  
  de deux rubans entrelacés et reliés en leur milieu par les quatre bases.  
  L'ADN et ses mécanismes de duplication sont les mêmes pour tous les  
  êtres vivants.  
  D'une espèce à l'autre, il n'y a que l'ordre des lettres qui change.  
  Cette constance remonte aux origines mêmes de la vie sur Terre.  
     
  L'ADN peut être considéré comme un langage, fait de lettres  
  chimiques, en rapport avec les vingt acides aminés qui servent  
  à faire des protéines.  
  C'est un codage extrêmement intelligent.  
     
  La représentation de la triple hélice de collagène par les scientifiques  
  est un déploiement d'entrelacs.  
  Il est de plus en plus certain que la découverte d'un code génétique  
  unique pour l'ensemble des êtres vivants, constitué de 64 mots,  
  dont plusieurs servent de ponctuation.  
  La vie est intelligence manifestée dans son triple aspect de création,  
  de conservation et de destruction.  
     
     
     
   
  A COMMON LINE  
     
  This line is the materialization of a wave.  
  Any line etched in matter is the manifestation of this line.  
  All that is fleeting, evanescent and protean thereafter becomes enduring.  
  Waves of energy create shapes that linger before dissolving.  
  The line is a symbol of human destiny; all its forms are its weave.  
  Recording a wave and interference of two waves.  
  A wave length characterizes each vibration, each beam.  
  Scientists attempting to unify seemingly disparate fields have discovered  
  increasingly subtle and rare particles.  
     
  And they use the same mathematical symbols for describing a light wave,  
  a vibrating guitar string, a sound wave or a ripple of water.  
  In Australia, the Primal Snake represents primordial matter, as is the case  
  in many other traditions whose tribal stories refer to the Rainbow Snake.  
  It represents the weft of energy or conscience which initially is total peace  
  and then transforms into vibrations, sound, color, and shapes.  
  Waves have been represented around the world since time immemorial  
  like those etched in long-ago epochs in the cairns or in the tumuli,  
  in the Celtic or Ethiopian Menhirs, and in the Moai Easter Island heads.  
  Humans have always etched or drawn, using the line to trace a movement.  
  This line is an ancestral pathway that binds us by an unbroken chain  
  of our early human kingdoms of creation and through them the kingdoms  
  that followed.  
  Tied to this line, we are connected to this energy in the universe and to all  
  its creatures, passing through a line of all that has proceeded and all that  
  will follow in harmony with the surrounding natural world.  
  For Peruvian Indians like for all early humans, plants, animals, and even  
  stones are living entities.  
  They form the unbroken threads of the fabric of life, cut from a single cloth,  
  woven of the living and the dead.  
  These lines communicate with each other and are passed down through  
  each of life’s stages :  
  puberty, marriage, birth or death.  
  Drawing may be one of the oldest art forms.  
  And it immediately begs questions about the human condition.  
     
  Ars Lineandi (Art of the Line), the art of tracing the draughtsman or  
  engraver’s line, whether Lombard, Irish, Celtic, Arabic, Asian, prehistoric,  
  medieval or contemporary, structures the movements of the soul.  
     
  One of the most extraordinary examples of the graphic representation  
  of this line is the DNA strand, which evolves in a liquid medium.  
  DNA strands cross, uncross, and are bound by the action of enzymes.  
  DNA is an aperiodic crystal that has remained constant since its inception.  
  Only approximately four letters that code DNA change from one living  
  species to another.  
  DNA is believed to have appeared nearly 3.5 billion years ago and it  
  has multiplied into countless different species, while remaining  
  fundamentally unchanged.  
     
  As such, DNA is a long single chain consisting of two interlaced strands  
  connected in their middle by four bases. DNA and its replication  
  mechanisms are the same in all living beings.  
  From one species to another, only the order of the letters changes.  
  This constancy dates to the very origins of life on Earth.  
  DNA can be thought of as a language, its alphabet consisting of chemical  
  letters and punctuation marks.  
  These letters and symbols relate to the twenty amino acids, which are  
  the building blocks of proteins and are coded in an extremely intelligent  
  manner. Scientists represent the collagen triple helix with DNA interlacing.  
  It is becoming increasingly irrefutable that a single genetic code for  
  all living beings consisting of 64 words will be discovered ; life’s intelligent  
  blueprint manifested in its threefold aspect of creation, preservation,  
  and destruction.  
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
  LE JARDIN CREOLE (JARDIN BO KAY)
 
  PLANTES MEDICINALES, PLANTES VIVRIERES  
  ET PLANTES D'ORNEMENT  
     

 

Le jardin créole (Jaden Kreyol) s’inscrit dans une longue tradition depuis
l’époque des indiens kalinagos et leurs « ichalis ». Véritable reflet de
la culture créole, il est un mélange d’influences amérindiennes, africaines,
européennes…
Jardin d’autosubsistance par excellence, s’y côtoient les plantes vivrières,
les plantes médicinales et les plantes d’ornement dans un savant agencement
dans l’espace et le temps qui permet une production familiale abondante dans
un espace restreint. Un véritable modèle pour l’agroécologie.
 
     

 

« témoigne d’un savoir-faire ancien, ingénieux aussi bien dans sa structure
que dans l’association variée de plantes légumières, fruitières, médicinales
et décoratives. Ce sont des jardins qui conservent des variétés anciennes
de cultivars, abandonnés partout ailleurs pour leur moindre productivité ou
leur inutilité apparente. […] Le jardin créole a une grande incidence symbolique
en structurant, en marquant le paysage ou les espaces particuliers : domestiqué,
à portée de la main, il fournit tout ce dont l’homme a besoin ; en même temps
désordonné, sauvage, à la limite des grands bois et des mystères de ce qui
n’est pas humain, il est le pont entre l’homme et la Nature, le lieu de fusion
avec elle. »
 
     
  Vincent Huygues-Belrose, le jardin créole  
     
   
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
  LES ORIGINES DU JARDIN CREOLE  
     
  A l’origine, les Indiens Kalinagos venus d’Amérique du Sud ont introduit
l’« ichali », un système agro-forestier où le manioc était prédominant.
On y trouvait également du giraumon, de la patate douce, du chou caraïbe,
des plantes médicinales ou « ayapana » et les plantes comme le coton ou
le calebassier qui servaient à la fabrication des objets du quotidien.
 
     
  On estime que sa forme reste inchangée jusqu’à l’arrivée des européens
au XVI° siècle, et leur potager.
 
     
  Puis au temps de l’esclavage, le maître attribuait aux esclaves un lopin
de terre qu’ils devaient cultiver pour assurer leur auto-alimentation.
Ainsi sont nés les jardins des esclaves.
De la même façon, les « neg’marrons », esclaves fugitifs rebelles ont
mis en place leurs propres systèmes de production, inspiré des savoirs
des indiens Caraïbes et y intégrant l’influence africaine de leurs racines.
 
     
  Après l’abolition, il devient le jardin de case ou jardin « bo kay »
(autour de la maison) et continue à être un moyen d’autosubsistance pour
la famille.
 
     
  Aujourd’hui, le jardin créole antillais a été influencé par tous ces
apports successifs, avec en dernier lieu les influences des travailleurs
immigrés indiens puis chinois. Ainsi enrichi culturellement et en termes
d’espèces nouvelles, il constitue aujourd’hui un formidable réservoir de
biodiversité aussi exceptionnel qu’insoupçonné : ce sont les lieux de
survivance de certaines espèces et variétés devenues rares.
 
     
  -  
  LES CARACTERISTIQUES DU JARDIN CREOLE  
  Il s’appuie sur l’observation et le respect des cycles naturels.  
  Une concentration de biodiversité.
D’une surface généralement comprise entre 100 et 200m², le jardin créole
se caractérise par la présence d’une importante biodiversité. Par exemple,
plus de cent espèces ont pu être recensées sur un transect de 4×15 mètres !
Diversité d’espèces, mais aussi de variétés qui a son utilité. En effet,
planter des espèces différentes va permettre de gérer la nutrition
différenciée des plantes, avec les associations de cultures, mais aussi
les attaques de parasites (par exemple, impatiens et bananes pour contrôler
les nématodes).
 
     
  -  
  SOUS UN APPARENT DESORDRE... UNE STRUCTURE REFLECHIE  
  Le jardin créole s’organise autour de la maison avec à l’avant, le jardin
de représentation, essentiellement fleuri ou planté de végétaux bas.
Il symbolise la protection de la maison. A l’arrière, le jardin vivrier
où aucune plante n’est placée par hasard. Elles sont installés le plus
souvent en fonction de la fréquence d’utilisation (plus ou moins proche
de la maison), de l’espace disponible, de l’ensoleillement nécessaire,
de la compatibilité culturale des espèces et des variétés et aussi des
références culturelles du cultivateur.
 
     
  En bordure de ravine ou en contrebas
de jardin, des arbres à pain et d’autre arbres fruitiers ou aromatiques
(bois d’Inde, cannelier, muscadier) donnent l’ombre nécessaire à certains
plants, et, ont bien souvent, outre leur avantage alimentaire et médicinal,
une fonction de stabilisateur de terrain et de coupe-vent.
 
     
  L’organisation en plages de cultures représente une forme de cloisonnement
par rapport à la propagation des maladies et attaques parasitaires.
 
     
  -  
  LES ASSOCIATIONS DE PLANTES  
  Chaque plante a son importance : il y a celles qui protègent des parasites,
celles qui assurent la couverture du sol, celles qui apportent des matières
azotées pour fertiliser, celles qui vont faire de l’ombre…
 
     
  Par exemple, le bananier et le chou caraïbe donnent beaucoup d’ombre,
donc ils seront placés afin qu’ils ne couvrent pas totalement les patates
douces ou tout autre légume rampant au sol.
 
     
  L’association igname-dachine (taro) est classique. A contrario, on n’associe
pas le manioc avec n’importe quelle plante car ses racines sont toxiques.
Le pois doux permet de « fatraser », c’est à dire couvrir le sol de feuilles
pour le protéger de l’érosion et empêcher les mauvaises herbes de pousser.
 
     
  Les feuilles de pois doux, riche en azote vont en plus enrichir le sol en
se décomposant...
 
     
  Depuis une trentaine d’années, des chercheurs de l’INRA étudient ces
associations végétales pour pouvoir expliquer scientifiquement comment
et pourquoi sont conçues les associations entre les différentes espèces,
car ces combinaisons apportent des rendements souvent supérieurs à ceux
des cultures d’une seule espèce !
 
     
  -  
  LE TEMPS  
  Quel que soit le type d’association, simple ou complexe, la mise en place
des plants est déterminée par la lunaison, la longueur des jours, les saisons
(carême ou hiver) et certains mois jugés plus propices ou contre indiqués
(avril).
 
     
  L’utilisation du décalage temporel des semis et plantations et de variétés
diverses pour la même plante permettent de limiter à la fois l’impact
d’intempéries ou de maladies car toutes les plantes ne sont pas au même
niveau de développement. Cela permet aussi de bénéficier d’une récolte
échelonnée sur une longue période de temps, en petites quantités.
 
     
  -  
  LES CROYANCES  
  Le jardin créole est lié à un univers de rituels et de croyances
magico-religieuses. Par exemple, en Dominique et à Sainte-Lucie,
une protection contre les mauvais sorts est assurée en entrée de
jardin par les pois d’angol et/ou le croton (Codiaeum variegatum),
une plante ornementale qui sert de haie pour les maisons d’habitation,
particulièrement en Guadeloupe et en Martinique.
 
     
  -  
  LES PLANTES MEDICINALES ET AROMATIQUES : « rimed razié »  
  Placée près de la maison et au plus proche de la cuisine, elles permettent
d’aborder une autre fonction du jardin créole : se soigner. On y retrouve
le plus souvent l’Atoumo, la brisée, le gros thym, le thé pays, zeb mouton,
zeb mal-tête, le basilic, fleurit-noël, etc…
 
     
     
  Après avoir été écarté par l’apport des techniques modernes de l’agriculture
conventionnelle, le jardin créole revient aujourd’hui en force avec la
montée de l’agriculture urbaine, la recherche de solutions pour produire
beaucoup dans des espaces contraints et le désir de consommer mieux.
Au-delà de ces nouvelles perspectives, le jardin créole reste un patrimoine
historique et une pratique économique dans la Martinique d’aujourd’hui.
 
     
  Cécile Mahe  
  http://www.la-sorciere-et-le-medecin.com